| Auteur | Vanessa Dougnac |
| Editeur | Équateurs |
| Date | 2025 |
| Pages | 240 |
| Sujets | Journalistes français Inde Récits personnels XXIe siècle Conflits sociaux Inde Société Inde XXIe siècle |
| Cote | 70.337 |
L’auteur, journaliste, ici, rapporte bien plus que des reportages, livrant son très profond attachement aux mondes de l’Inde dans lesquels elle a vécu, travaillé, pendant un quart de siècle, et qu’il lui faut quitter, à la suite d’une décision du Président Modi.
Ce livre passionné fait alterner, au cours des onze chapitres, deux tons transcrits par la forme des lettres : l’un des chapitres est un reportage, suivi d’un autre qui rend compte de la réalité quotidienne vécue et rapportée par l’auteur, façon de conter la complexité de cet univers mouvant et si divers géographiquement et humainement.
Priée de quitter Delhi et l’Inde, malgré son choix de lieu de vie, l’auteur revit ici des épisodes de ses reportages, sa façon de dire adieu à cette vie là. Le lecteur bénéficie ainsi des descriptions de moments forts de la vie en Inde du début du XXIème siècle, dans les zones particulièrement sensibles. Ils constituent des sortes de flashes d’une réalité complexe d’un monde multiple en pleine mutation dans lequel les principes anciens et les aspirations nouvelles peuvent se heurter violemment, tant géographiquement que politiquement, tant dans la société que dans la vie familiale.
Ce livre est également une ode à Delhi, à sa vie fourmillante, pleine de contradictions, source de vitalité, et qui explose sans cesse. Puis, il s’agit de Delhi figée dans le confinement de la COVID, aboutissant aux rafles des plus démunis, bloqués là, migrants en attente de pouvoir rentrer chez eux.
Nous apprenons que des régions se dressent en opposition au régime en place, créant des maquis, favorisés par la présence d’une jungle de toute beauté, se relevant du maoïsme. A la faveur de ce passage apparait l’engagement des rebelles dont la vie est rythmée par leurs déplacements disciplinés dans la jungle.
Puis nous sommes transportés dans le monde himalayen, au Cachemire, au milieu d’une vie familiale mais sous surveillance gouvernementale. Nous y goûtons le thé, la cuisine, nous laissant porter par l’eau du lac Dal, évoquant les horreurs qui se sont déroulées dans les vallées.
Au lendemain du tsunami, nous voici dans l’archipel des Andaman et Nicobar, en grande partie détruit, au milieu de nombreux débris, restes de la tragédie qui venait de briser la vie d’une communauté propre à ces îles, poussée alors à rejoindre d’autres pour survivre et inquiète pour la survie de son intégrité culturelle.
C’est au tour du Sri Lanka, au lendemain de la révolte des Tamouls contre les Cinghalais, suivi du triomphe du président ultranationaliste élu en 2005, occasion de décrire la vie dans un hôtel de luxe où la vie paraissait immuable qui venait de perdre la clientèle précédente. C’est là que les insurgés tamouls venaient informer les journalistes des combats qui se déroulaient dans le maquis situé dans le nord de l’île, au sol jonché de mines, malgré les risques qu’ils encouraient. Ses déplacements lui révèlent l’ampleur de la résistance tamoule, les vestiges des combats hantant les différents lieux. Parvenue à Colombo, l’auteur vit en direct les évènements meurtriers qu’elle narre, pourtant ignorés de l’Occident.
De retour dans l’Himalaya, c’est au tour de l’Everest et du Népal, près du lac Tshao Ropa aux digues fragiles dont la rupture pourrait provoquer la submersion des villages situés en aval. Aussi les habitants s’inquiètent de la progression du réchauffement climatique, conscients des dangers de l’érosion activée par l’action humaine.
Au Cachemire pakistanais, une vallée s’est fracturée à la suite d’un séïsme, laissant des habitations béantes. C’est l’occasion pour l’auteur de décrire un djihadiste né en Inde, parti faire la guerre au Pakistan et revenu dans la vallée blessée comme urgentiste. En cette occasion, l’auteur accompagne les soignants, apportant son appui moral et pratique, décrivant l’urgence médicale absolue en termes simples et réalistes.
En point d’orge, Vanessa Dougnac évoque la vie dans un immense camp de réfugiés, non pas au travers de ses horreurs, mais en décrivant le mariage de deux jeunes nés dans une communauté musulmane en Birmanie, victimes de l’apartheid de la junte au pouvoir dans leur pays. La plupart de ceux qui ont fui se sont réfugiés au Bangladesh, regroupés dans un camp gigantesque, sans l’ombre d’un avenir, sauf de prendre la mer et de rejoindre un pays plus lointain en dépit des épouvantables risques encourus.
Notre périple s’achève sur les pas de la princesse Nyilza, à travers le Népal, l’Himalaya, le Tibet, certes très dangereux mais ô combien beau et chargé d’un long passé.
De par son métier, l’auteur est souvent amené à dépeindre des situations extrêmes, violentes, toutefois, elle perçoit et dépeint l’âme des gens, de préférence globalement, rendant compte de l’ambiance de l’environnement de leur vie dont ils sont les acteurs.
En choisissant, pour écriture la forme du roman, l’auteur se dote d’une certaine liberté de style, autorisant des rythmes assouplis et la possibilité de laisser parler son ressenti, écho indispensable pour prendre la mesure de la vie.