Bretons dans la mer des Caraïbes : dans les pas des marins bretons à l’époque moderne

Recension rédigée par Nathalie Cassou-Geay


Au regard du parcours de l’auteure, Yajaira Vargas Velásquez, plongeuse professionnelle et diplômée en archéologie maritime, spécialisée en architecture navale, le présent ouvrage, rameau de sa thèse, laissait présager de l’aventure, de l’exploration, des récits de hauts faits, des batailles navales et des fortunes de mer, le tout sous pavillon breton.

Le titre et l’argumentaire de page de couverture, alléchants, sont cependant assez éloignés du contenu de ce court ouvrage.

S’il est bien question des Bretons dans cette partie du monde que constitue la mer des Caraïbes, porte des Amériques et, depuis le traité de Tordesillas (1492), Mare Clausum espagnole, l’auteure s’est, semble-t-il, perdue dans ses recherches archivistiques.

Bénéficiant d’un accès au fonds d’archives historiques conservées au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines de la région Bretagne, des Archives nationales des Outre-mer et des Archives nationales, Y. Vargas Velásquez a pu collecter un bel ensemble de témoignages écrits, lettres, journaux de bord et comptes rendus des capitaineries. Une matière première prometteuse pour une belle étude, encore faut-il que celle-ci soit bien délimitée.

Les Bretons sont des marins audacieux et talentueux ; leurs connaissances de la chose maritime et leur présence dans toutes les mers et océans du monde est une évidence, pourtant sous-estimée en ce qui concerne la mer des Caraïbes.

À travers son travail historiographique, Y. Vargas Velásquez démontre la présence de marins bretons à tous les niveaux des activités maritimes : la course à la traite, le commerce, le commandement, la flibuste, l’armement des navires, leur construction, etc. Autant d’industries – légales ou illicites – où la réputation bretonne s’est avérée un atout de poids.

Malheureusement, le point commun et le fil rouge de l’essai – la Bretagne et les marins bretons – sont parfois tenus… et c’est parfois à grand peine que l’auteure fait entrer son sujet dans les chapitres qu’elle développe. Un changement de point de vue – les navires bretons en lieu et place des Bretons – aurait été plus pertinent sur quelques thématiques.

De fait, cet ouvrage ressemble à un catalogue : liste de noms de capitaines, liste de navires, liste de marins… certes utiles pour l’énoncé – présence des Bretons dans la mer des Caraïbes – mais qui ne débouche pas sur une problématique plus ample. Ce document serait-il à compulser comme une annexe de son précédent ouvrage, toujours issu de sa thèse, Fortunes de mer et sauvetages dans la mer des Caraïbes du XVIe au XVIIIe siècle ?

Enrichi de très belles illustrations – pour certaines malheureusement non suffisamment traitées – l’ouvrage ne consacre que les quinze dernières pages aux quatorze navires bretons engloutis dans les eaux caribéennes. Manque de temps ou de données ? Il est dommage que cette partie, pourtant mise en belle place dans l’argumentaire, ne soit pas suffisamment développée.

L’absence d’une relecture plus attentive, d’une homogénéisation des noms propres et de cartes est regrettable.

De même, il aurait été bon que l’auteure consacre quelques pages au vocabulaire de la navigation et de l’architecture navale, tous les lecteurs n’étant pas experts en gréement et accastillage.