| Auteur | Hubert Ripoll |
| Editeur | Complicités |
| Date | 2025 |
| Pages | 138 |
| Sujets | Algérie 1954-1962 (Guerre d'Algérie) Roman historique |
| Cote | 70.081 |
La fin tragique de l’Algérie française a laissé des traces indélébiles dans la mémoire de ceux qui ont vécu cette période tumultueuse, tant du côté de ses partisans que de ses détracteurs. Certes, le second conflit mondial avait sonné la fin des empires coloniaux mais la France n’en avait pas encore pris conscience. A la différence de la lointaine Indochine et des deux protectorats sur la Tunisie et le Maroc, l’Algérie, composée de trois départements, c’était la France, comme le proclama le 1er décembre 1954 François Mitterrand, alors Ministre de l’Intérieur.
La vague d’attentats meurtriers contre les Européens et les musulmans favorables à la France menée lors la Toussaint rouge par les « rebelles » fut le déclencheur d’une quasi guerre civile qui dura sept ans. La crainte d’un abandon par la Mère patrie, conduisit aux événements du 13 mai 1958 qui, grâce aux « Ultras » et à l’armée, portèrent le général De Gaulle au pouvoir quelques mois plus tard.
Après avoir maté la rébellion avec le « Plan Challe » et mis en œuvre le « Plan de Constantine » destiné à améliorer le niveau de vie des populations musulmanes, le chef de l’État engagea la France dans une politique d’abandon. C’est ce revirement radical qui fut interprété par les tenants de l’Algérie française, comme une trahison et conduisit une partie de l’armée à fomenter un putsch le 20 avril 1961. Son échec entraina la création de l’OAS, dans une ultime tentative de maintenir l’Algérie dans la République. Il s’en suivit une lutte sanglante entre, d’une part le FLN et les autorités militaires légalistes, et d’autre part les desperados de l’organisation secrète. Les accords d’Évian précipitèrent l’Algérie dans le chaos et entrainèrent l’exode d’un million d’Européens et de harkis.
Sans établir les faits historiques qui ont conduit à cette tragédie, on ne peut pas mesurer le sentiment de frustration de ces populations et comprendre pourquoi le général De Gaulle fut la cible de tant d’attentats.
Le roman historique d’Hubert Ripoll n’évoque que très brièvement cette période et aborde d’emblée les combats et l’errance de Nicole, fille du général Paul Gardy, chef de corps du 1er REP, impliqué dans le putsch et chef de l’OAS d’Oran après l’arrestation du général Jouhaud.
Elle avait épousé le lieutenant Michel Bésineau, lui-même fils d’amiral. Il avait rejoint l’organisation secrète après l’échec du putsch, puis avait été emprisonné à la Santé en attendant son procès.
Le dernier baroud d’honneur de ces partisans de l’Algérie française allait se traduire par une série d’attentats, dont certains visèrent directement le Général De Gaulle qui leur en garda une rancune tenace, au point de condamner très sévèrement ses auteurs.
Comme souvent à la fin d’un conflit particulièrement dévastateur, les rescapés du camp des perdants sont aux abois. Ce fut le cas de ces parias de l’Algérie française dont certains, comme le général Gardy, sa propre fille Nicole, son mari Michel Besineau, Roger Degueldre et bien d’autres furent condamnés à mort.
Traqués par les forces de police, ceux qui étaient encore en liberté n’eurent d’autre choix que l’exil. Nicole, qui avait rejoint les commandos Delta, se trouva enceinte de Roger Degueldre, et donna naissance à Philippe un mois après son exécution. La tentative désespérée de Nicole de fomenter un attentat contre le chef de l’État se révélant irréalisable, elle n’eut d’autre choix que de confier le nouveau-né à un couple d’amis et elle organisa sa fuite ainsi que celle de ses proches. Afin de brouiller les pistes, elle chargea Hermann, ancien légionnaire en délicatesse avec les autorités, de récupérer son fils Philippe et de convoyer la famille Gardy-Besineau en Argentine en passant par l’Espagne.
L’auteur relate dans son ouvrage la nouvelle vie de ces proscrits, relégués dans un premier temps à la « Mission Tacaaglé », dans une région deshéritée de l’Argentine, où ils tentèrent de faire table rase de leur douloureux passé. Bénéficiant de la bienveillance des autorités envers les réprouvés de l’Algérie française, ils s’épuisèrent à tenter une expérience d’agriculteurs à laquelle ils n’étaient pas préparés. Mais petit à petit, le groupe hétéroclite se dissoudra, certains choisissant de rentrer en France à la suite de l’amnistie de 1968. Le noyau dur, les Gardy-Besineau demeurèrent en Argentine où le général fut même conseiller des militaires argentins.
Nicole, qui avait déjà eu deux filles et un fils de son union avec Michel Besineau tenta d’oublier les péripéties de sa vie passée au point de ne jamais révéler à son fils Philippe qui était son père biologique, même sur son lit de mort.
En faisant le tri dans les papiers personnels de sa mère, il prit connaissance des lettres que lui avaient écrites Roger Degueldre. Après avoir remonté le fil de l’histoire, il apprit de la part de Denyse Durant-Ruel, à laquelle sa mère l’avait confié après sa naissance, qu’il était le fils du l’ancien chef des « Delta ». Cette découverte brutale fut une révélation pour leur fils, qui se lança à la recherche éperdue de ses origines à travers le parcours de son père biologique.
La formation de l’auteur, professeur émérite de psychologie et chercheur, ne le prédisposait pas au genre littéraire du roman historique. Passionné d’histoire contemporaine, il a néanmoins su nous conter la saga des Gardy-Besineau, passée en perte et profits de l’histoire de la décolonisation, avec talent et la pudeur qu’implique un sujet éminemment délicat et douloureux comme celui-là.