Auteur | Philippe San Marco |
Editeur | Gaussen |
Date | 2024 |
Pages | 464 |
Sujets | Colonisation Algérie Relations France Algérie Relations Algérie France Algérie Histoire |
Cote | 68.517 |
Cet ouvrage se présente, selon son auteur, sous forme d’une « foire aux questions », destinée à « répondre du passé » franco-algérien, notamment à l’égard des jeunes générations d’origine algérienne, en toute franchise, « sans œillères ni tabous ». Parmi les treize questions, on citera : « La présence française en Algérie était-elle par nature illégitime ? », « La France a-t-elle commis des crimes en Algérie ? », « Quelles sont les conséquences pour la France de sa conquête de l’Algérie ? ». Les réponses sont fournies par une lecture attentive de sources souvent trop négligées, voire oubliées, comme Alexis de Tocqueville, Elisée Reclus, Paul Leroy-Beaulieu et une large consultation des ouvrages historiques récents. On regrettera cependant l’absence des Annales algériennes d’Edmond Pellissier de Reynaud, sans doute le premier historien lucide des premières années de la conquête. On regrettera aussi que ne soit pas citée l’Histoire de l’Algérie de Xavier Yacono.
Le livre, au total, fournit une intéressante lecture de l’histoire algérienne depuis l’Antiquité. Il fournit notamment de nombreux aperçus sur l’époque ottomane, et les rapports des souverains d’Alger et des gouvernements français depuis le XVIe siècle, très utiles pour comprendre la période précoloniale. Il s’intéresse de près à l’histoire de la conquête et de la politique coloniale française. Il dégage bien tous les facteurs d’échec de l’Algérie française, essentiellement l’intérêt beaucoup trop tardif porté aux aspirations et aux besoins de la majorité musulmane. Il ne cache pas son engagement en faveur d’un discours évitant la repentance, sans chercher à cacher les responsabilités françaises. Il plaide aussi en faveur d’une laïcité sans concessions pour concilier les Français d’aujourd’hui de toutes origines, dans une authentique égalité. L’auteur de ces lignes ne peut que l’approuver, sans partager totalement son état d’esprit un peu trop systématique. Croire simplement, par exemple, que « la quête d’une réconciliation mémorielle avec l’Algérie » entamée sous les auspices du Président Macron puisse être réduite à « une bêtise contreproductive » est ne connaître que superficiellement l’Algérie et les Algériens.
Si consciencieux que soit son auteur, le livre n’est pas exempt d’erreurs factuelles. Ainsi, le règne de Juba II succéda à celui de Jugurtha et non l’inverse. En 1845, les malheureux Algériens asphyxiés dans les grottes où ils avaient tenté de se réfugier furent victimes d’enfumades et non d’enfumages (terme abstrait, réservé à la vie politique et parlementaire). On aurait aimé voir préciser que la majorité des Français du Corps expéditionnaire du maréchal Juin en Italie durant la campagne de 1943-1944 étaient formés de cette catégorie spéciale de Français plus tard appelés Pieds-Noirs (paix à leurs âmes). Certains jugements, par ailleurs, peuvent être discutés. Il n’est guère possible, par exemple, de croire que la dizaine de députés français d’Algérie (pas toujours d’accord) aient pu influencer la politique française. Il faudrait plutôt accuser, comme l’a établi Xavier Yacono, la « prodigieuse indifférence » des élus de métropole aux questions algériennes.
On peut enfin s’interroger sur les bornes chronologiques choisies : pourquoi s’arrêter à l’année 1945 ? Même si les causes de la guerre d’Algérie découlent des politiques menées depuis la conquête, nul ne peut dire que l’explosion finale, avec son déchaînement de violences, était inévitable, Nul ne peut affirmer enfin que la gestion de la fin de la guerre par la Ve République était la seule possible. Or c’est en grande partie de la guerre et de sa conduite jusqu’à la fin critiquable qu’est issue l’hostilité à la France, tant en raison des dégâts causés par les politiques et les militaires français que du discours établi par le FLN algérien pour prendre le pouvoir et le conserver.
On doit souhaiter à cet ouvrage, écrit dans un style alerte et d’un ton sincère, un lectorat abondant, prêt à se débarrasser de ses préjugés pour entamer une lecture polémique, mais stimulante, y compris dans ses excès, du passé franco-algérien.