Guerres, armées et sociétés à Madagascar (XIXe-XXIe siècle) : études et réflexions

Recension rédigée par Pierre Lang


1. Présentation générale de l’ouvrage

Cet ouvrage aborde l’histoire politique, militaire et sociale de Madagascar sur une période de deux siècles couvrant la royauté mérina, la colonisation et les soixante années après l’Indépendance.

Il cherche à démontrer que les armées locales du temps de la royauté, coloniales puis de l’État indépendant, ont toujours joué un rôle majeur dans la gouvernance de ce royaume devenu colonie puis État indépendant. Elles ont toujours été en quelque sorte, la colonne vertébrale de l’État malgache, sous toutes ses formes.

Il montre également que de nombreuses tensions ont vu le jour entre le pouvoir politique et administratif (royauté, colonisateur, gouvernement) et le pouvoir militaire, mais également qu’au sein de celui-ci de nombreux clivages se sont révélés en fonction de l’origine ethnique de l’encadrement, de son type de formation militaire initiale, mais également de sa conception de la place et du rôle de l’institution militaire au sein de l’État.

2. Organisation du contenu

L’ouvrage est organisé d’une façon originale. Après une préface rédigée par Jean-François Klein, (professeur des Universités en Histoire contemporaine des relations internationales à l’Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan et correspondant de l’ASOM), il comporte deux parties :

· La première est intitulée « Essai de chronologie et de typologie du fait militaire à Madagascar XIXe-début XXIe siècle ». C’est la partie originale de cet ouvrage. Constituée sous forme d’essai, elle comporte quatre chapitres organisés de façon chronologique qui donnent à analyser, dans la longue durée, comment le fait militaire structure en profondeur la société mérina et quelques groupes ethniques côtiers : 

Ø  Un rappel historique sur le fait militaire avant le XIXe siècle

Ø  Le XIXe siècle de l’expansion merina (1810-1895)

Ø  Madagascar dans l’Empire français 1895-1960)

Ø  L’époque postcoloniale (1960-2003)

 

· La seconde partie de l’ouvrage est constituée d’un recueil de neuf textes rédigés durant la carrière de l’auteur autour de cette problématique. Il s’agit, en quelque sorte, d’un recueil des réflexions historiques et politiques qui ont jalonné la carrière d’enseignant-chercheur de cet historien malgache qui n’a cessé de tenter de comprendre l’évolution des diverses formes de l’État malgache et la trajectoire socio-politique de cette société depuis son accession à l’indépendance. Ces textes, qui sont autant de petits chapitres thématiques, viennent en appui de la première partie. Ils sont d’autant plus utiles qu’ils furent, généralement, publiés dans des revues malgaches aujourd’hui très peu accessibles qui sont ainsi offerts au lecteur.

4. Analyse critique

Points forts

· L’approche de cet ouvrage est pluridisciplinaire et concerne les évolutions sur une période de plus de deux siècles.

· Ce n’est pas une compilation de batailles et d’affrontements armés mais une étude aux dimensions politiques, sociales culturelles et mémorielles. Elle n’élude pas les dissensions au sein de l’armée ni les traumatismes engendrés dans la population. L’armée est ainsi vue comme elle devrait toujours l’être, un reflet de la société dans laquelle elle s’inscrit.

· C’est un véritable travail universitaire, très fouillé et documenté (pas moins de 474 références de bas de page, rien que pour la première partie). Indéniablement, cette lecture socio-politique de la place du militaire dans la société malgache est une première et fournit des clefs de lecture utiles pour comprendre la situation complexe dans laquelle le pays se trouve aujourd’hui.

Limites ou critiques

· L’organisation de l’étude peut dérouter le lecteur.

· La densité et la multiplication des références de bas de page peut rendre la lecture ardue pour un lecteur non spécialisé.

· Le cas malgache n’est pas mis en relation avec d’autres expériences africaines ou maghrébines.

 

Conclusion

Cet ouvrage est important pour la compréhension du fait militaire malgache sur le temps long. Par son approche historique rigoureuse et sa réflexion sur les interactions entre guerre, pouvoir et société, il enrichit significativement les recherches consacrées à Madagascar.

Pour ce qui concerne l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, on remarquera :

Que ce livre est préfacé par le Pr Klein, membre correspondant de la 1ère Section.

- Le texte n° 2 s’appuie sur une communication « Malheur aux vaincus ? Le vécu de terrain de la conquête » in Jeanne-Marie Amat-Roze, Dominique Barjot, Jean-François Klein « Madagascar, la France et l’Océan Indien-Troisième entretien d’outre-mer » édité par l’ASOM.

Notons encore qu’il a été publié avec le soutien de l’Ambassade de France à Tananarive.

Enfin, comme l’écrit J.-F. Klein au début de sa préface, cet ouvrage est la somme de toute une carrière universitaire. Un prix de l’ASOM récompenserait non seulement la très grande valeur intrinsèque de l’ouvrage mais également le parcours professionnel éminent de son auteur.

PS : Le rédacteur de cette recension, camarade de promotion de Saint-Cyr d’officiers-généraux de Madagascar cités dans cet ouvrage, a tenté d’obtenir de ces protagonistes un « avis malgache ». En vain.