Chine, puissance africaine : géopolitique des relations sino-africaines

Recension rédigée par Marc Aicardi de Saint-Paul


Depuis une vingtaine d’années, les publications en langue française sur les relations entre la Chine continentale et dans une moindre mesure Taïwan, se sont multipliées.

Cet engouement pour le sujet s’est accru au fur et à mesure de la montée en puissance de la République populaire et de la fin de la prééminence occidentale en Afrique. On peut même dire que certains pays comme la France en ont fait une quasi obsession, tant le maintien de son influence dans son ancien pré-carré demeurait une priorité.

Xavier Auregan, géographe et maître de conférence à l’Université catholique de Lille, nous livre dans cet ouvrage une analyse assez complète de l’évolution des rapports entre un pays se revendiquant du Sud, tout en étant devenu la seconde puissance économique mondiale, et les 54 pays du continent africain. Au fil du temps et de sa propre évolution, parfois chaotique, la relation sino-africaine a connu plusieurs périodes.

La première d’entre elles remonte au début des années 1960, pendant laquelle la Chine a fait son apprentissage de l’Afrique, alors qu’elle ne disposait pas encore de grands moyens. Dans un premier temps, elle s’est dotée d’une politique africaine que l’auteur qualifie de « temps de l’idéologie ». Il consistait à nouer des relations diplomatiques, tout en vantant son contre-modèle de développement, plus adapté aux pays du Sud.

Se réclamant du communisme, elle contribua à armer et entraîner de nombreux

mouvements dits « de libération nationale » sur le continent, souvent en rivalité avec l’Union soviétique. En parallèle, la Chine développa une politique de santé « internationaliste » prônant l’« humanisme socialiste maoïste ». Cette première période fut également celle du « temps des deux Chine » qui vit la compétition entre les deux frères chinois rivaliser pour être reconnus diplomatiquement par les pays africains. Parallèlement, la Chine entreprit une réforme de sa politique africaine, tant au plan économique, que de ses instruments financiers.

La Chine qui ambitionne de devenir la première puissance mondiale d’ici à 2049, a donc dû réadapter sa relation avec l’Afrique entre 1993 et 2023, période qualifiée de « Trente glorieuses ». C’est ainsi qu’elle s’est dotée d’outils, d’institutions et de moyens susceptibles de séduire les africains et de consolider son prestige, ses exportations et ses approvisionnements en matières premières. Dès lors, la Chine allait se comporter comme les autres acteurs, dans la mesure où, grâce à son « capitalisme d’État » elle se doit de développer ses échanges commerciaux et de mettre en place une aide au développement. En revanche, ses investissements directs à l’étranger demeurent bien en deçà de ceux de ses concurrents et se répartissent inégalement sur le continent.  

Les « nouvelles routes de la soie » sont aujourd’hui l’axe majeur de la pénétration chinoise en Afrique. Si elles se manifestent essentiellement par la construction d’infrastructures telle que routes et ports, la Chine y a ajouté un volet sanitaire, qui contribue au renforcement de son « soft power ». Ces initiatives chinoises vont de pair avec une plus grande présence physique de ressortissants chinois sur le continent et contribuent à une meilleure connaissance des Africains. Enfin, la Chine doit conforter sa présence en Afrique et assurer son rôle de grande puissance en se projetant militairement, qu’il s’agisse de forces de maintien de la paix, de contribution aux sécurités régionales et sous-régionales africaines, de la vente d’armes et d’une stratégie navale, notamment par l’implantation des points d’appuis comme à Djibouti.

A la lumière de l’exposé de ce cas d’espèce, quel bilan peut-on tirer de cette coopération sino-africaine ? Du côté chinois, elle apparaît comme positive puisqu’elle lui permet d’étendre son influence sur un continent considéré, à tort ou à raison, comme d’« avenir », d’accroître ses échanges économiques, de sécuriser ses approvisionnements en matières premières et de bénéficier du soutien diplomatique des pays dans lesquels elle intervient. Du côté africain, les bénéfices à court terme sont évidents. Ils permettent à ces États de s’affranchir du tête à tête qui préexistait avec ses partenaires traditionnels. Cependant, il est légitime de se poser la question de savoir s’il ne s’agit pas pour eux de passer d’une dépendance à une autre. De surcroît, « certaines élites africaines aspirent à copier la Chine », alors qu’« …elles ne disposent pas d’un modèle désoccidentalisé, de sortie de la pauvreté et prêt à penser fourni par ce pays asiatique, pour la bonne raison qu’il n’existe pas ». Dès lors, cet enthousiasme des Africains pour la Chine est-il pour eux une véritable occasion de se développer sur le long terme ou bien ne constitue-t-elle qu’une opportunité transitoire ?

L’auteur nous livre dans cette étude de cas tous les éléments permettant de mieux appréhender la complexité des relations sino-africaines, de façon équilibrée. Qu’il s’agisse du rôle de ses acteurs, leurs stratégies, ainsi que des rivalités de pouvoirs.