| Auteur | Maurice Bandaman |
| Editeur | Présence Africaine |
| Date | 2025 |
| Pages | 385 |
| Sujets | Roman XXIe siècle |
| Cote | 70.398 |
A priori, le titre de cet ouvrage centre la pensée sur l’esclavage, ce qui est bien le sujet, la scène principale, l’abus dénoncé. Mais il y a les coulisses, la vérité en relief, le contexte qui fait connaître l’Afrique et les routes qui ont porté cet esclavage. Or, le titre porte aussi une dualité avec les sœurs, et cette dualité s’inscrit dès le début : deux personnages Jordan et Jacinthia, puis Ndamlan et Ndahou, les blancs et les noirs, les bourreaux et les victimes, le présent et le passé, celui des ancêtres, et aussi les nombreux dialogues, comme pour atteindre une maïeutique nécessaire aux yeux de Maurice Bandaman, enseignant et diplomate.
On est donc confronté aux traumatismes vécus par une société dépendante de diverses servitudes : esclavage, scarification et autres mutilations, tabous, violences au sein du village et au-delà. Le livre a donc fonction de libération et doit exposer les chemins qui y mènent ; car il existe une capacité d’amour qui va être confrontée au silence, et subséquemment à la découverte de liens insoupçonnés. La sagesse, celle que transmet le patriarche ou l’Histoire, devrait s’imposer, mais au terme de combien de vicissitudes et de gestes mémorables ? Tel est le défi lancé au monde et à la mémoire par ce roman.
C’est donc bien plus qu’un simple plaidoyer contre l’esclavage ou le racisme, avec un style éprouvé. C’est un bel exposé rendant compte de l’Afrique, de ses traditions, de ses légendes, le tout raconté par un griot de talent. On retient ici quelques passages représentatifs : une Genèse renouvelée pour le Dieu Offo, les mouches révélatrices d’une présence de poison, de merveilleuses descriptions de paysages (haciendas, quilombos, plantations, villages africains), personnages, pérégrinations ou traversées tragiques ou encore accès à un autre monde, au-delà des surprises, du Brésil à Dieu.
Et le style varie. Du narratif renvoyant à l’art du conteur, au dialogue et surtout aux passages psalmodiés, lesquels respirent et soufflent des mots empruntés au langage local mais aussi au français : « Ndahou yaki hooo ! / Mi anianam yaki hooo ! / Pardon chère sœur ! » Un texte cérémonial ou solennel pour hausser le ton, avec quelques formules, bons proverbes africains comme celui qui ouvre et clôt la quatrième partie : « Le sang retourne toujours à sa source », suivi d’un lieu et d’une date, symboles d’une liberté gagnée : « Paris, ce dimanche 14 juillet 2024 à 03 H 30. »
Nul doute, ce livre montre que la littérature, comme la diplomatie, n’a pas d’heure, ni pour être écrite, ni pour être lue, surtout quand elle chante un peuple, son Histoire, ses tragédies et sa vérité.