| Auteur | Laurent Ballesta, Jean-Louis Étienne, Luc-Henri … |
| Editeur | Robert Laffont |
| Date | 2025 |
| Pages | 258 |
| Sujets | Explorateurs Récits de voyages XXe siècle -XXIe siècle |
| Cote | 70.086 |
C’est sous un joli titre, évoquant l’immensité, la liberté et l’aventure, que la parole est donnée à huit « explorateurs », huit « aventuriers » des confins encore inconnus - ou plutôt, moins connus - de notre globe. Suivant en toute logique le schéma d’une rose des vents, le lecteur accompagnera les différents narrateurs dans des territoires plus profonds, plus arides, plus froids, foisonnants de vie ou au contraire sans signes visibles, au-delà des frontières territoriales, politiques ou humaines : le cours du fleuve Amazone en trois-mâts (Patrice Franceschi) ; les plongées profondes à la rencontre des cœlacanthes (Laurent Ballesta) ; la spéléologie et la recherche d’un moins 1000 en Kabylie (Luc-Henri Fage) ; la traversée du désert du Taklamakan en solitaire (Philippe Frey) ; l’exploration des pôles (Jean-Louis Étienne)…
Le sommaire et les textes de cette anthologie sont classés étonnamment par ordre alphabétique d’auteurs. Un choix éditorial qui permet peut-être de ne pas mettre la lumière sur l’absence de parité, puisqu’il n’y a qu’une seule « exploratrice ». Un choix qui a cependant l’avantage de son inconvénient : l’absence totale de fil rouge entre les textes permet ainsi de piocher, au gré des envies, l’un ou l’autre de ces récits.
La page 4 nous interpelle : « Et si l’aventure existait encore ? » En toute logique, le lecteur pourrait s’attendre à lire des récits contemporains, ou datant de ces dix ou quinze dernières années… Or, le constat est très inégal : les plongées de Laurent Ballesta datent de 2010 ; les expéditions de Jean-Louis Étienne ont eu lieu dans les années 1980, tout comme les missions spéléologiques de Luc-Henri Fage ; la navigation de Patrice Franceschi sur l’Amazone a débuté en 2004… Seule la traversée du désert de Philippe Frey est plus récente : 2018. L’aventure de Sabrina Krief est, quant à elle, celle de toute une vie, puisqu’elle se consacre à l’étude, in situ, des comportements et de la vie des chimpanzés : son expédition est donc toujours en cours.
L’ouvrage se conclut avec le témoignage de Bernard Piccard, et un texte plutôt historique sur la conquête du ciel, initiée par son grand-père Auguste Piccard, et auquel il rendra hommage en bouclant, en 2015-2016 un tour du monde en avion solaire, et Sylvain Tesson, dont on connaît la plume littéraire, s’engagera dans une conclusion à visée philosophique : la véritable aventure n’est-elle pas le dépassement de soi ?
Si cet ouvrage, édité sous l’égide de la Société des Explorateurs Français, n’est pas inintéressant, loin de là, le lecteur le referme avec un petit sentiment d’inachevé et de déception. Qu’en est-il de l’aventure moderne ? Où sont les récits de Nicolas Vanier, Priscilla Telmon, Christophe Migeon, Corentin de Chatelperron, Eliott Schonfeld, Guirec Soudée, Linda Bortoletto, Sophie Lavaud ? Pourtant pour beaucoup membres de la SEF ?
Repousser les limitesn’atteint donc pas tout à fait sa cible, et ne repousse pas les limites et les sillons déjà tracés. L’ouvrage n’est pas à la hauteur de la conclusion de Patrice Franceschi : « Les livres d’exploration qui ont vaincu le temps ont tous cherché quelque chose de plus grand qu’eux : dévoiler, par le truchement des évènements vécus et des connaissances acquises, la capacité de l’exploration à générer de la transcendance ; en la matière, le vécu et le savoir ne sont que des intermédiaires. »
Dommage.