| Auteur | Barbie Latza Nadeau ; traduit de l'anglais par Aurélien Blanchard |
| Editeur | Bernard Grasset |
| Date | 2026 |
| Pages | 353 |
| Sujets | Traite des êtres humains Aspect économique Trafic de migrants Aspect économique Économie souterraine XXIe siècle |
| Cote | 70.375 |
L'esclavage n'est pas une histoire ancienne, racontée seulement dans les manuels scolaires. Le mal est toujours là et il prospère sous nos yeux. Installée en Italie, journaliste pour CNN et ancienne chef du bureau de Newsweek, Barbie Latza Nadeau couvre la traite des êtres humains depuis 1998. Elle nous livre ici un ouvrage de terrain, sombre et solidement documenté qui refuse le confort de l'abstraction.
Le constat est bien connu des spécialistes mais beaucoup moins du grand public. La criminalité organisée transnationale a fait de la traite l'un des trafics les plus rentables. Ses profits sont blanchis dans l'économie légale des pays développés par des circuits financiers aveugles ou complaisants. Des milliers de personnes sont concernées tandis que les Nations Unies, les gouvernements et les institutions censés les protéger s'effacent devant la puissance des réseaux mafieux, ces barons d’un trafic juteux.
Le livre procède par séquences : 10 chapitres se succèdent et abordent différents types d'exploitation. Ils prennent le visages de femmes et d’hommes, d’enfants aussi, esclaves de nos temps modernes. Il évoque des réfugiés contraints à la prostitution, mais aussi la réalité du travail forcé dans les usines et les vignobles, le trafic d'organes et la traite d'enfants. Chaque chapitre ajoute une ombre à un tableau où l'esclavage moderne n'est pas une survivance mais un marché, avec ses intermédiaires, ses débouchés et ses complicités.
La force du livre est double : s’appuyer sur d'innombrables rapports officiels ; les étayer par les récits de témoins directs. Leurs itinéraires chaotiques donnent de la chair aux statistiques. Ils en appellent aussi à notre esprit de responsabilité : nourriture consommée, salons de beauté, aides à domicile, vêtements à bas coût, nous consommons parfois le fruit du travail de victimes invisibilisées.
La thèse la plus dérangeante de l'ouvrage est que les guerres d’une part, le durcissement des politiques migratoires d’autres part, fabriquent des proies. L’autrice souligne le rôle des conflits et des restrictions des migrations comme des facteurs favorisant la traite. Elle note que certaines initiatives présentées comme favorables aux réfugiés peuvent aggraver le problème de la traite.
Le livre a les qualités du grand reportage. Il informe, il alerte, il sait raconter. A l'heure où le débat sur les migrations se crispe, il présente un mérite essentiel : rappeler que derrière les flux, il y existe des personnes et derrière le trafic, se dissimulent des bénéficiaires qui ne se trouvent pas toujours là où on les cherche. In fine, un ouvrage rude mais une lecture nécessaire.