| Auteur | Natacha Affanah |
| Editeur | Gallimard |
| Date | 2025 |
| Pages | 306 |
| Sujets | Fiction de langue française XXIe siècle |
| Cote |
Le titre peut paraître enchanteur, puisqu’il y a le cœur, et que la nuit peut représenter une vie particulière, avec ses charmes et ses attraits. Mais très vite on s’interroge : un deuxième titre « la pièce imaginaire » suggère quelque élément insoupçonné ; et puis voilà qu’il s’agit de trois personnages ramenés à leurs initiales MB, RD et HC et à leurs professions : maçon, chauffeur, journaliste et poète, trois personnages au cœur d’abus, de manipulations, de violences sur trois femmes. Voilà que leurs exactions se rencontrent, vont être exposées, pour ce qui reste impossible à dire, les mots manquent pour une telle souffrance, mais il faut le révéler et les mots alors affluent… On doit « toucher au noyau, à la matière centrale », mais on reconnaît : « j’avance en crabe, autour d’eux, sans jamais m’atteindre vraiment. »
Car on découvre un double vocabulaire exubérant, celui de la victime, de la tromperie et de l’accablement, et celui de l’intime, de la prise de conscience, qui doit aller à la vérité, à la justice. « Il faut dire ces choses qui nous font honte. […] Il faut dire ces choses-là parce que si parfois il nous arrive de retourner vers nos bourreaux, c’est aussi vers nous-mêmes que nous retournons, vers ce seul nous que nous connaissions, vers ce seul corps que nous sachions faire exister désormais. » D’un côté une société d’allure propre et calée, de l’autre un enfer…
Ce récit, où le « je » autobiographique veut sa place, est pour comprendre, comprendre comment on en arrive là, comment sont les victimes, et comment sont les bourreaux. On admire cette volonté qui cherche à rendre compte de soi, de ces femmes tuées, de ces hommes enjôleurs, traitres, manipulateurs ; cette volonté de trouver le pourquoi, le comment ; cette volonté de montrer une société trop souvent fausse, qui détourne la vérité, qui refuse de voir, avec en son sein ceux qui croient en l’amour et ne trouvent que la nuit…
Ce n’est pas au cœur de la nuit, c’est la nuit noire dans un cœur rouge. Un récit poignant qui cherche à grands coups de mots, de mots synonymes et pourtant différents, à dire l’infâme, pour tenter l’impossible, pour se réhabiliter et s’efforcer d’être.