Le capitaine égaré : roman

Auteur Vincent Guéquière
Editeur Paulsen
Date 2025
Pages 376
Sujets États-Unis
1775-1783 (Révolution)

Roman
Cote 70.082
Recension rédigée par Nathalie Cassou-Geay


Ce capitaine, égaré à plus d’un titre, que nous présente Vincent Guéquière, est le Malouin Pierre Landais, très vite tombé dans les eaux du port de sa ville natale et qui va suivre, comme ses compatriotes, la voie maritime.

Corsaire pendant la guerre de succession d’Autriche puis durant la guerre de Sept ans, il entre finalement dans la Marine royale. Membre de l’équipage de L’Étoile lors de l’expédition de Bougainville, son caractère difficile ne lui rend pas service et il est relevé de son commandement.

 Nommé capitaine de brûlot, commandant du Flamant, le destin lui joue à nouveau un mauvais tour car il est contraint de rester à terre… Son poste suivant, lieutenant de port à Brest, ne lui convient pas plus : Pierre Landais est en effet nanti d’un caractère des plus ombrageux et d’une très haute opinion de sa personne : il veut un commandement de navire, et rien d’autre.

C’est à ce moment de sa vie que le lecteur fait sa connaissance.

Convaincu que le ministre de la Marine, Sartine, veut sa perte et son discrédit, il quitte la Marine royale et se met au service des insurgés américains. Ses traversées dans des conditions difficiles, parsemées de tempêtes et de mutineries, joueront un grand rôle dans sa renommée, telle qu’il finira par obtenir du Congrès américain, non seulement la citoyenneté, mais aussi le commandement de l’USS Alliance, l’un des plus beaux fleurons de la jeune Amérique.

 La guerre d’indépendance américaine rapproche Français et Américains dans leur même opposition aux Britanniques. Des courses sont organisées pour aller frapper l’ennemi commun dans ses eaux. Landais et son bâtiment se retrouvent aux ordres de John Paul Jones, Américain d’origine écossaise et, comme Landais, affublé d’une forte personnalité. Le conflit entre les deux hommes est inévitable et l’Histoire nous apprend qui en sortit vainqueur.

 Le talent de l’auteur, dont c’est le premier roman, tient en plusieurs points. Tout d’abord, Vincent Guéquière est officier de marine : son écriture s’en ressent. Le lecteur vit in situ les traversées, les batailles, les ordres de manœuvre et les mutineries – un lexique de fin d’ouvrage aidera à la compréhension des termes maritimes. L’air du large souffle indéniablement dans ses pages. L’auteur s’est également fortement documenté : si la guerre d’indépendance n’est pas le sujet du roman, elle en fournit le cadre. Or le propos est limpide, même pour les non-initiés, quis’attarderont davantage sur ceux qui font la guerre, que la guerre elle-même. Pour preuve, la bataille de Flamborough Head, célèbre épisode de 1779, est décrite de façon distanciée : il ne s’agit pas de narrer l’Histoire, mais bien plutôt de faire un portrait de ceux qui y ont participé. De même, l’auteur se gardera bien de confirmer ou d’infirmer les accusations contre Landais, soupçonné durant cette même bataille d’avoir attenté à la vie de John Paul Jones, ce qui lui fera perdre une nouvelle fois son commandement.

Tous ces hommes, aussi bien marins que politiciens, sont brossés avec talent et, une fois n’est pas coutume, le « héros » de ce roman est loin d’être sympathique. Violent, querelleur, égotiste, peu diplomate, Pierre Landais semble attirer toutes les rancœurs et les antipathies, d’autant qu’il a une manière toute personnelle de comprendre et d’interpréter ses ordres de mission.

 Dans ce monde de courtisans, où la fortune peut être gagnée et perdue tout aussi vite, Pierre Landais détonne. Marin de génie, homme d’expérience, fin connaisseur de la mer, tout le portait vers la gloire, hormis son mauvais caractère, qui l’amènera à sa perte.

En collant son style – et la typographie – aux manières d’écrire de l’époque, Vincent Guéquière apporte une plus-value agréable à son récit, tout en réhabilitant le souvenir de cet homme, haut en couleur, égaré entre l’Ancien et le Nouveau Continent, égaré dans les vicissitudes de l’Histoire – et égaré en esprit également – qui, à ce jour, n’a reçu aucun hommage officiel de la Marine nationale et dont la mémoire reste marginale.