| Auteur | sous la dir.de Marc-Antoine Pérouse de Montclos, Nathalie Bernard-Maugiron et Aurélien Dasré |
| Editeur | Maisonneuve & Larose, nouvelles éditions |
| Date | 2026 |
| Pages | 175 |
| Sujets | Pluralisme religieux Aspect politique Afrique XXIe siècle Statistiques Sociologie religieuse Afrique XXIe siècle |
| Cote | 70.462 |
Ce livre revisite les questions religieuses à l’épreuve des chiffres, des catégorisations et des typologies dans les recensements et les listes de cultes reconnus sur le plan juridique (p.9). Pour les auteurs, les « mathématiques confessionnelles » ont porté sur des questions de majorité musulmane ou chrétienne dans les guerres civiles du Biafra au Nigeria de 1967 à 1969, au Tchad durant les décades 1970 et 1980, en Côte d’Ivoire au cours des années 2000 et du Soudan jusqu’à l’indépendance du Sud Soudan en 2011 (p.19) mais il faut tenir compte de la persistance des religions endogènes de pair avec l’hybridation des pratiques des chrétiens et des musulmans (p.21). Sur un autre plan, les athées et les agnostiques ont dû se plier aux normes de l’islam dominant en façonnant des identités musulmanes. De même, la réislamisation de la jeunesse s’est développée sur les réseaux sociaux (p.23).
Au Bénin, selon Frédéric Madore et Codjo Fiacre Anato, coexistent trois traditions majeures, évaluées en 2016 (p.25) à 42,8% de chrétiens, 27,7% de musulmans et 11,6% de vodunistes. Adepte du pluralisme, le Bénin fait preuve d’une grande souplesse en officialisant le vaudou, désormais célébré à l’occasion d’une fête nationale (p.21). L’obligation de déclarer une appartenance religieuse unique ne permet pas d’appréhender les pratiques hybrides monothéistes et vodun (p.32) comme le Christianisme céleste, fondé en 1947 pratiqué par 6,7% des Béninois et qui combine références bibliques et pratiques traditionnelles de dons de vision et de guérison (p.40). L’omniprésence du culte des ancêtres fait du vodun la première religion pratiquée du pays (p.43).
Pour M.A. Pérouse de Montclos, les marchands musulmans Dendi venus du Mali et du Niger depuis le XIVe siècle pour vendre de l’or et de la noix de cola avaient été les pionniers de l’islam.(p.29). Aujourd’hui, la laïcité béninoise, adaptée d’un modèle colonial français (p.38), est contestée par la communauté musulmane ; en 2024, l’Union islamique du Bénin démissionne du Cadre de concertation des confessions religieuses (p.35). La réislamisation est visible dans l’espace public où se multiplient les prières collectives, le port de vêtements marqués religieusement aussi bien que les pratiques des confréries religieuses comme la Tijaniyya, la Qadiriyya, l’Alawiyya, la Nimatullahia et que le prosélytisme des Ahmediyya et du Tabligh (p.41).
Le christianisme protestant sous influence britannique entre 1890 et 1900 s’est implanté par un réseau de missions dans le Sud, le Centre et le Nord du Bénin tandis que le catholicisme sous tutelle française s’est installé à Ouidah en 1861 (p.29). Le nombre d’Églises pentecôtistes atteint aujourd’hui 5000 à l’échelle nationale. Les villes côtières comme Cotonou abritent des églises étrangères en provenance du Nigéria (p.39).
Fred Biyala estime que les six millions d’habitants du Congo-Brazzaville sont à majorité chrétiens. Outre les catholiques, les protestants se répartissent dans l’Église évangélique du Congo, l’Armée du Salut, les Églises locales issues de l’ancien royaume du Kongo et chez les Kimbanguistes, les Adventistes du 7e Jour, les Témoins de Jéhovah et les Pentecôtistes (p.50). Actuellement l’Église catholique demeure présente à travers ses hôpitaux, ses établissements scolaires, ses aumôneries, ses médias, ses œuvres sociales comme Caritas (p.66).
Les musulmans, essentiellement marchands, se retrouvent sur les marchés de Pointe-Noire et de Brazzaville (p.51). L’ex Abbé Fulbert Youlou (1917-1972), qui fut le premier Président du pays, était en conflit avec la hiérarchie catholique (p.53) ; lui succéda Alphonse Masemba-Débat socialiste, renversé par un coup d’État en 1968 par un officier marxiste, lui-même assassiné. En fait, l’ensemble de la classe politique avait été instruite dans des écoles missionnaires (p.61).
D’après Bernard Coyault, la République Démocratique du Congo compte 90% de Chrétiens très diversifiés (p.71). L’État est officiellement laïc mais le référentiel religieux est omniprésent (p.71). Les acteurs politiques se revendiquent d’une mission divine. La démesure prophétique à Kinshasa (17 millions d’habitants) est illustrée (p.94) par quatre personnalités populaires qui s’appuient sur des chaînes de télévision personnelles et les réseaux sociaux. Ainsi, le religieux fournit à l’État son vocabulaire et son imaginaire (p.72).
En fait, l’influence sociétale des protestants et des catholiques vient du maillage territorial des écoles, universités, centres de santé qui leur appartiennent (p.72). Protestants (23%) et catholiques (29%) doivent faire front commun (p.80) face aux Kimbanguistes (3%), Pentecôtistes (4%) et Musulmans (3%).
La fédération musulmane du COMICO a développé un réseau d’écoles musulmanes conventionnées (p.77). Les Musulmans sont plus nombreux dans l’Est, notamment à Maniema (p.90).
Soudan du Sud
Le Soudan du Sud, comme la Corée du Sud, a connu la plus grande christianisation mondiale du XXe siècle (p.101) mais il constitue le dernier grand réservoir animiste d’Afrique (p.101). Le rythme des conversions au christianisme s’était accéléré après le départ forcé en 1964 des missionnaires européens qui avait entraîné l’émergence d’un clergé africain (p.103). En contraste, en 1983, le Sudan People’s Liberation Army (SPLA), dirigé par John Garang, admirateur de Mengistu (p.111), mena contre le Gouvernement de Khartoum une guérilla d’inspiration marxiste (p.103). C’est la chute de Mengistu qui poussa Garang à rechercher l’appui des églises occidentales et à se rapprocher des Américains (p.112). Les conversions des Sudistes au christianisme furent également un acte de résistance puis d’affirmation identitaire (p.104). Mais les Sudistes Nouers, dont certains soutenaient l’armée nordiste, se
battaient contre des Sudistes Dinkas pour le contrôle de leur région. Ils continuent d’ailleurs de le faire dans leur État maintenant indépendant (p.104).
En 1993, le Soudan comptait 62% de musulmans, 22% de traditionalistes et 16% de chrétiens (p.105). En 2020, selon le Pew Research Center, le Soudan Sud comptait 61% de chrétiens, 33% de traditionalistes et 6% de musulmans (p.108). Le Président Salva Kiir, qui a nommé un Vice-Président et de hauts fonctionnaires musulmans (p.113), a été accusé de rechercher des financements des États du Golfe (p.114).
Depuis l’indépendance, les Églises sud-soudanaises jouent un rôle politique important pour former des gouvernements d’union et assurer la médiation dans les conflits intertribaux (p.116). En 2023, le Pape François, l’Archevêque anglican de Canterbury et le Chef de l’Église presbytérienne d’Écosse se rendirent à Djouba (p.118) soulignant ainsi l’importance des responsables religieux locaux (p.119).
Selon Lisa Franke, d’après les estimations courantes, 90% de la population égyptienne est musulmane et 10% chrétienne ; juifs ou bahaïs étant moins d’1% (p.123). L’Égypte est le seul pays d’Afrique à exiger l’inscription de la religion sur les cartes d’identité. Les athées ou agnostiques sont confrontés à des problèmes de stigmatisation sociale et discrimination juridique (p.124).L’Université de Boston estime le nombre d’athées ou d’agnostiques à 700.000 (p.137). Le Président Sissi a marginalisé les imams indépendants, étendu le contrôle exercé par l’Université d’El Azhar et le Ministère des Affaires Religieuses sur les prêches du vendredi, interdit les mosquées chiites. Mais malgré l’intention du Gouvernement de financer les travaux des églises, les actes de vandalisme contre des édifices coptes ont continué (p.128)..Par contre, les rassemblements religieux autour des sanctuaires soufis sont restés populaires car ils expriment une résistance contre les pressions de la marginalisation économique (p.134). De même, la technologie informatique est devenue un outil essentiel pour négocier sa foi et son identité (p.136).
Le lecteur appréciera les encadrés juridiques sur chaque pays décrit (p.47,68,97,120, 138), une bibliographie spécialisée (p.141 à 162), et des résumés en français et en anglais de chaque chapitre (p.163 à 167).