Bugba du Burkina Faso : les chemins comme mémoire

Recension rédigée par Anne Fournier


Voici un ouvrage original et plein de charme consacré aux bugba, devins guérisseurs et maîtres de la pluie. Avant même de le lire, on le feuillette avec gourmandise car il est rempli d’images. De très beaux portraits photographiques présentent des bugba portant leurs parures et objets rituels. Leur père est souvent aussi présent à l’image dans les vieux clichés qu’ils tiennent en main. En effet la charge de bugba se transmet « dans la famille ». D’autres clichés montrent des séquences cérémonielles et des événements culturels avec musiciens, public et danses de bugba masqués… Les bugba, personnages exceptionnels, sont issus des populations Kibsi, Ninisi et Fulse, ou « gens de la terre », déjà présentes avant l’arrivée des Mossi, « les gens du pouvoir ». Venus de l’actuel Ghana et détenteurs du pouvoir politique, ceux-ci ont formé avec les précédents la société actuelle dans laquelle chaque groupe a un rôle particulier à tenir.

Le livre contient un assez long récit intitulé Sooré (le chemin). Celui-ci relate la création du monde. Il a été composé par un artiste mossi du groupe des forgerons, un connaisseur des traditions qui est aussi rompu aux arts de la scène. C’est lui qui récite et joue ce texte et en interprète les chants dans des performances publiques. Les ethnologues ont soigneusement traduit ce récit et ces chants du mooré (langue des Mossi) et en commentent le contenu.

De nombreux dessins très colorés et poétiques, accompagnés de quelques autres au trait, plantent le décor, décrivent les pratiques et donnent accès à l’imaginaire local en figurant les personnages et séquences du mythe. Ces images ne nous ramènent pourtant pas à un passé révolu car les personnages humains des dessins ont en main des téléphones portables bien modernes et ceci n’est pas un détail.

Comme l’expliquent des textes ethnologiques d’accès facile, mais scientifiquement étayés, les traditions ne sont pas immuables, elles présentent des formes nouvelles, vivantes et actuelles.

Le Burkina Faso connaît actuellement un engouement pour certaines pratiques traditionnelles comme celle des bugba. Ainsi, l’association Sidpamenemde (« La vérité ne se perd jamais ») mise en place en 2016 par des fils de bugba, a-t-elle pour vocation d’œuvrer à la préservation et à la valorisation des savoirs locaux dans la partie centrale du pays.

L’ouvrage contient de nombreux éléments ethnographiques précis concernant difficultés et craintes engendrées par le terrorisme, ainsi que les obstacles à surmonter pour garder la

mémoire des savoirs des bugba. Dans cette partie du livre sont également abordés les initiations, le mode de transmission de la charge de devin etc.

C’est d’une convergence d’intérêt pour les bugba dans différentes sphères qu’est né ce livre et il montre avec bonheur ce que peut être un équilibre réussi entre des contributions scientifiques et artistiques.

Un petit reproche, qui est en même temps un encouragement ou un appel, sera toutefois fait aux auteurs. Le savoir ethnologique sur la pratique des bugba (procédés oraculaires, représentations les accompagnant) que laisse entrevoir certaines pages n’a hélas pas été consigné sous forme développée dans des écrits académiques. Même le faux jumeau de Bugba, un recueildetextes académiques sur les traditions au sens large[1], ne contient aucune ethnographie du travail oraculaire en tant que tel… Quel dommage !

 


[1] Les dédales des traditions au Burkina Faso. Alice Degorce, Katrin Langewiesche (dir.), Paris, Hémisphères - Maisonneuve & Larose, 2026, 322 p.