| Auteur | Serge Dewel ; préface d'Alain Gascon |
| Editeur | Bibliomond |
| Date | 2026 |
| Pages | 260 |
| Sujets | Relations extérieures Éthiopie 1991-.... Politique et gouvernement Éthiopie 1991-.... |
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Depuis l’Antiquité, la Mer Rouge a conditionné le développement des cultures humaines dans la Corne de l’Afrique. Au deuxième millénaire avant J.C., les Égyptiens conduisirent plusieurs expéditions au Pays de Pount pour en ramener de l’encens, de l’or, de l’ivoire (p.30). En 2022, le flux de la Mer Rouge représente 12% du commerce mondial (p.33).
Ethiopie est une appellation occidentale réservée dans les sources grecques aux territoires subsahariens et subnubiens (p.89) tandis qu’Abyssinie est la latinisation du mot sémitique Habasha, cité dans le Coran. En 1923, l’admission de l’Éthiopie à la SDN entérina ce nom auprès des Européens.
L’origine historique de l’Éthiopie se matérialise dans l’ancien royaume d’Aksoum (Ier-VIIe siècle) dont la capitale était fixée dans les hautes terres dominant le littoral de la Mer Rouge alors que son poumon économique se trouvait dans les basses terres au port d’Adulis près de l’actuelle Massawa (p.24). Les stèles monolithiques érigées au IIIe siècle, dont la plus grande s’élevait à 33 mètres, sont devenues un symbole national (p.108). L’une d’entre elles, enlevée à l’époque de Mussolini a été restituée par l’Italie en 2008 (p.113). Les Tigréens s’estiment les successeurs légitimes du Royaume d’Aksoum (p.59).
L’hypercentralisation a caractérisé la périodeimpériale jusqu’en 1974 puis le Régime du Derg (1974-1991) sous la dictaturedu Colonel Mengistu. En 1991, plusieurs rébellions contestataires dirigées par le TPLF Tigrean People’s Liberation Frontrenversèrent le Derg.Meles Zinawi, qui dirigeait le TPLF avait unifié dans le cadre de l’EPRDF, Ethiopia People ‘s Revolutionary and Démocratic Front les opposants tigréens et oromos. Ce Parti dirigera le pays jusqu’en 2019. A Zenawi, Premier Ministre décédé en 2012, succéda Haylé Maryam Dessalägn contraint de démissionner en 2018. Il fut remplacé par Abiyy Ahmed qui mit un terme à la guerre erythréo-éthiopienne et reçut de ce fait le Prix Nobel de la Paix en 2019 (p.67), plus tard contesté du fait de la guerre civile avec le Tigré de 2020 à à 2022 (p.68). Premier ministre éthiopien depuis 2018, né en 1976, d’un père oromo musulman et d’une mère amhara chrétienne orthodoxe, ancien militaire ayant mis en place les services de renseignement éthiopiens actuels (p.41). Des faminesfrappèrent le pays en 1973-1974 et 1984-1985 (p.17).
2) TERRITOIRE NATIONAL :
Un tiers du territoire national, soit 1 104 300 km2 se situe à une altitude de 1800 mètres et offre le confort pluvial nécessaire. 80% de la population s’y est concentrée lui conférant une densité moyenne de plus de 300 habitants au km2 (p.22).
Les acteurs du maillage de l’espace furent le roi et le clergé qui implantèrent des établissements religieux dès le XIVe siècle, rattachés aux deux principaux réseaux monastiques, Däbrä Libanos et Däbrä Hayq ou parmi les fondations royales auxquels s’ajoute la ville (p.120).
Les principales villes sont nées à partir du XVIIe siècle de la fixation du camp royal comme Gondar puis Addis au XXe siècle (p.119).
ADDIS ABEBA : A partir de de 1886, Ménélik descendit d’Entotto à Adis Abeba, où la construction d’une route vers les forêts et le reboisement de la ville avec des eucalyptus mirent définitivement fin à la pérégrination royale et pérennisèrent le centre du pouvoir (p.105).
Cet ensemble montagneux est traversé du Nord au Sud par la vallée du Rift. Le Nil Bleu y dessine une large boucle séparant les hautes terres du nord, domaine historique des Éthiopiens chrétiens des hautes terres du sud intégrées à l’Éthiopie à la fin du XIXe siècle (p.20).
Ce pays jadis pourvu d’une large façade maritime (p.18) est le pays enclavé le plus peuplé du monde (p.29). En 1991, lors de l’indépendance de l’Érythrée, l’Éthiopie retrouva son enclavement ; sa marine de guerre fut dissoute et sa marine commerciale prit ses quartiers à Djibouti (p.37). La Chine construisit alors une nouvelle ligne de chemin de fer de 756 km entre 2013 et 2015 de Djibouti à Addis-Abeba qui assure 90% du transit éthiopien (p.40).
DESENCLAVEMENT PAR LES AIRS : Ethiopian Airlines fondée en 1945,devenue la première compagnie africaine pour le transport des passagers en 2022 avec 133 destinations internationales de 87 pays (p.46).
3) POPULATION :
Deuxième pays africain par sa population (135 millions en 2025) qui double tous les 25 ans et dont 40% ont moins de 15 ans (p.15).
80 langues officielles appartenant aux groupes afro-asiatique et nilo-saharien. L’amharique (27%) et le tigréen (7%) sont apparentés au guèze, langue vernaculaire du Royaume d’Aksoum et devenue langue liturgique de l’Église orthodoxe éthiopienne. L’oromo comprend plusieurs dialectes. Ces trois langues s’écrivent à l’aide du syllabaire éthiopique (p.52).
A part la langue, Tigréens et Amharas ont une histoire, une religion, des coutumes communes (p.71). La Constitution fédérale appliquée en 1995 montre que le marqueur d’identité des Éthiopiens demeure l’appartenance religieuse et le modèle éthiopien s’aligne sur la culture amhara ; prier à l’église orthodoxe, parler l’amharique et manger l’injera (p.61). La reconnaissance internationale :
OROMOS
Les Oromos entrèrent dans le domaine des rois chrétiens éthiopiens au XVIe siècle et s’introduisirent dans le Choa, le Wollo et le Lasta au XVIIIe siècle, infiltrant la Cour royale (p.79). La politique d’amharisation poursuivie sous le règne d’Haïlé Sélassié (1916-1974) créa un différend social et culturel avec les Oromos qui avaient commencé dans les années 1960 une révolte qui s’intensifia en 1992 jusqu’à l’amnistie en 2018 par Abiyy Ahmed (p.81). Loin d’apparaître comme un groupe ethnique homogène, les Oromos font office de mosaïque culturelle et instrumentalisent un passé victimaire faisant office de ciment politique (p.82). Les Oromos sont chrétiens et musulmans en parts presque égales (p.143). Addis Abeba est aujourd’hui entièrement enclavée dans l’Oromia (p.84) et les Oromos le considèrent comme symbole de leur asservissement par les Amharas (p.105).
La région oromo représente la plus violente contestation de l’unité nationale alors qu’Amharas et Tigréens se vouent à des luttes d’influence et de pouvoir (p.59) mais les voix réellement indépendantistes demeurent l’exception (p.73).
4) RELIGIONS ET CHRÉTIENS :
Le roi Ménélik affirmait en 1891 « L’Éthiopie est une île de chrétiens dans un océan de païens » (p.13)
Les Chrétiens constituent 68% de la population nationale. L’Éthiopie, après l’Arménie fut le deuxième État à instituer le christianisme comme religion d’État (p.122). L’֤Église Orthodoxe Tawahad ufut rattachée au Patriarcat copte d’Alexandrie. Un métropolite égyptien était désigné pour diriger le diocèse éthiopien du IVe siècle jusqu’à 1959 lorsqu’elle devint autocéphale (p.124).
Elle rassemble 4,5% de l’ensemble des chrétiens éthiopiens. Une Église latine fut introduite par les Jésuites portugais entre 1557 et 1632 à Gondar et disparut par la suite (p.127). En 1838, Rome fonda la Préfecture apostolique d’Abyssinie confiée aux Lazaristes, qui adoptèrent la liturgie éthiopienne en langue ghez et aux Capucins qui imposèrent le rite romain (p.127). Les catholiques ne rassemblent que 0,8% des chrétiens tandis que le développement récent des chrétiens protestants, pentecôtistes, évangélistes, charismatiques (p.133) les place à 24% (p.131). Les Éthiopiens occupaient un monastère à Jérusalem depuis le XIIe siècle (p.153). De 1439 à1441, leurs moines accompagnèrent les envoyés coptes au Concile Œcuménique de Florence (1431-1445) dont l’objectif était l’Union des Églises (p.155).
MUSULMANS :
La première diffusion de l’islam en Éthiopie gagna le Tigré entre le VIIIe et le Xe siècle avec un impact minime. La prise de Harar qui occupe la quatrième position parmi les villes saintes de l’islam (p.145) et le contrôle des territoires de l’Est à partir de 1887 introduisit un grand nombre de musulmans dans l’État de Ménélik (p.96). La Révolution marxiste de 1974 émancipa les musulmans éthiopiens qui représentaient 30% de la population (p.55). L’islam éthiopien revêt une importante dimension confrérique des Qadiriya et des Tijaniya (p.145).
5) RELATIONS INTERNATIONALES :
Dès l’Antiquité, l’Éthiopie représentait un important allié face à la Perse. Au XVIIe siècle, elle entreprit d’établir des relations avec l’Europe, l’Inde et la Russie et à la fin du XIXe siècle avec les puissances coloniales, France, Grande Bretagne, Italie, Allemagne, Belgique, Empire Ottoman (p.151).
La victoire éthiopienne de 1896 contre l’Italie à Adoua se ressentit en Europe et offrit à l’Éthiopie un piédestal continental (p.161). En 1930, les cérémonies grandioses du couronnement de Tafari conférèrent un statut divinisé au nouvel Empereur, dans le contexte de la remigration en Afrique de Noirs africains et le mouvement du « Rasrafarisme » (p.163). De même le mouvement panafracaniste choisit Addis Abeba comme siège de l’Organisation
de l’Union africaine ou Africa Hall , achevé en 1961 (p.164). Puis l’Union Africaine a fixé son siège à Addis Abeba en 2002 dans un énorme complexe architectural, construit par la Chine de 2008 à 2011 (p.156). L’élargissement des BRICS en décembre 2004 fut pour le gouvernement éthiopien d’Abiyy Ahmed une opportunité de reprendre à son compte la politique du « non alignement » favorable à l’Occident de Haîlé Sélassié, fondateur du Mouvement de Bandoeng et hôte d’une base militaire américaine (p.175).
6) CORNE DE L’AFRIQUE :
Il est reconnu que l’Éthiopie s’impose comme un acteur crucial pour le maintiende la stabilité géopolitique dans la Corne de l’Afrique (p.186).
DJIBOUTI
Stabilité fragile (p.219) d’où l’implantation de bases militaires à Djibouti, française, étatsunienne, allemande, japonaise, italienne, arabe saoudite et chinoise (p.33). Dans la région, Les Émirats arabes unis sont présents au Somaliland, en Érythrée et en Somalie, les États-Unis en Somalie et au Kenya, la Turquie à Suwakin au Soudan et en Somalie (p.33). Israël entretient une station d’écoutes ainsi qu’un contingent d’Al.
ERYTHREE
État-frère ennemi de la Corne (p.209). Une rivalité plus fraternelle qu’internationale dans la mesure où les Tigréens sont répartis pour 9 millions en Éthiopie et 3 millions en Érythrée dont la première langue est le tigranya et le Chef d’État lui-même tigrée mais leurs systèmes de représentation ont évolué séparément sur deux parcours politiques.
SOMALIE
La Turquie est particulièrement présente en Somalie. Daech s’est implantée dans la région aride et montagneuse du Puntland. Le Puntland représente la voie migratoire depuis l’Éthiopie pour se rendre dans la péninsule arabique pour des milliers de migrants dont certains seront recrutés dans les rangs djihadistes (p.227).
SOMALILAND
En quête de reconnaissance (p.216) de 2000 à 2009, les Forces éthiopiennes combattirent les milices de l’Union des Tribunaux islamiques et des Chabab djihadistes des soutenus par l’Érythrée et l’Iran (p.183). Le protocole d’accord entre l’Éthiopie et le Somaliland pour utiliser éventuellement le port de Berbera déclencha la rupture des relations diplomatiques entre l’Éthiopie et la Somalie que l’intervention de la Turquie fit rétablir (p.43).
SOUDAN
En 2O2O, profitant de la guerre du Tigré, l’armée soudanaise tenta de reprendre le triangle d’Al Fashaga à la frontière éthiopienne et qui est exploitée par des paysans Amharas, épisode illustrant la recherche de l’eau par des populations en croissance (p.189).
GRAND ETHIOPIAN RENAISSANCE DAM GERD :
Le remplissage commença en juillet 2020 et il est devenu opérationnel en juillet 2022. L’Égypte avait menacé le barrage d’une action militaire. En 2024, un Accord-cadre pour la coopération dans le bassin du Nil fut signé par 7 États mais refus par l’Égypte et le Soudan.
Officiellement inauguré le 9 septembre 2025, le GERD est le plus grand barrage africain de 175 mètres de haut formant un réservoir de 1874 km2 à 640 mètres d’altitude (p.192). Pour l’Égypte, ce barrage représente une menace existentielle ; les négociations entre Égypte, Souda et Éthiopie n’ont pas abouti.
Conclusion :
La Corne de l’Afrique, qui se révèle une zone sismique politico-sociale extrêmement sensible ne répond pas à une réalité géographique précise. Le moteur de la Corne, l’Éthiopie a largement entretenu des relations avec ces régions littorales. L’ensemble de la région appartient aux zones les plus pauvres et les moins développées où la gouvernance continue de poser de sérieux problèmes. Le conflit mené par l’Iran et l’Arabie Saoudite par proxys interposés a transformé la Corne de l’Afrique en un terrain d’affrontement permanent (p.206). Mais le problème à affronter est l’accroissement de la population : l’Éthiopie en 2050 aura 225 millions d’habitants avec un taux de croissance de 2,6%. Tout le reste est subordonné, économie, sécurité, développement, gouvernance (p.235).
Le lecteur consultera avec intérêt le glossaire (p.255 à 264), les repères chronologiques (p.265 à 269), la bibliographie (p.279 à 294) et l’index des noms propres cités (p.295 à 299).