| Auteur | Nicolas Ribeiro |
| Editeur | Presses Universitaires de Rennes |
| Date | 2025 |
| Pages | 414 |
| Sujets | Navigation Histoire maritime Antilles françaises 1500-1700(Période classique) Conditions sociales Colonisation Marins |
| Cote | 69.809 |
Cet ouvrage de 414 pages, richement illustré de 29 reproductions d’archives et de gravures, est issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2019 à l’Université de Nantes, sous la direction du professeur Martine Acerra. Il est consacré à « la place de la mer au sein de la société coloniale des Petites Antilles françaises de 1650 à 1713 ». Enseignant dans l’académie de Poitiers et membre du Centre de recherches en histoire internationale et atlantique (CRHIA) de l’Université de Nantes, l’auteur s’est spécialisé dans l’étude de la société coloniale des Petites Antilles, plus particulièrement dans ses pratiques de navigation au XVIIe siècle.
L’étude revient sur la conquête de l’île de Saint-Christophe en 1625 ainsi que sur l’installation des premiers colons dans les neuf îles des Petites Antilles, épisodes que l’auteur soumet à une analyse minutieuse. L’ouvrage repose sur une documentation archivistique particulièrement riche, conservée aux Archives nationales d’outre-mer (fonds du Secrétariat d’État à la Marine) à Aix-en-Provence, aux Archives nationales (fonds notariaux) à Pierrefitte-sur-Seine, aux Archives départementales de la Charente-Maritime (Ancien Régime, série B) et de la Martinique (collections du greffe), ainsi qu’au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale. Cette assise documentaire solide permet d’explorer en profondeur les pratiques et les activités maritimes qui structurent et conditionnent largement la vie insulaire.
Une bibliographie abondante témoigne de la maîtrise des travaux antérieurs et ouvre des perspectives sur des thématiques variées : la colonisation de l’Amérique, les échanges entre les continents américain et européen, l’histoire des Petites Antilles, les sociétés antillaises, la navigation et le commerce maritime, les activités halieutiques ou encore les aménagements portuaires. Un index détaillé vient utilement compléter cet ensemble et facilite la consultation de l’ouvrage.
L’auteur entraîne le lecteur à la découverte d’une société qui vit par et pour la mer. Dans cet univers en formation, les marins occupent une place originale et structurante. Dès le titre, l’ouvrage annonce la diversité des activités maritimes étudiées tout au long des 414 pages. Le terme de « varreurs » retient d’emblée l’attention : il désigne les pêcheurs de tortues, figure singulière à laquelle l’auteur consacre des développements éclairants.
L’ouvrage s’organise en quatre grandes parties, elles-mêmes subdivisées en douze chapitres. La première est consacrée à l’appropriation de la mer des Caraïbes ; la deuxième examine les moyens et les outils de la navigation aux Antilles ; la troisième analyse les usages de la mer et des littoraux ; la quatrième, enfin, met en lumière la place du marin au sein de la société coloniale de cette région du globe. Cette progression thématique, cohérente et maîtrisée, permet d’articuler l’étude des pratiques maritimes à celle des structures sociales.
Dans son introduction, l’auteur explicite ses choix géographiques et chronologiques : pourquoi les Petites Antilles françaises et pourquoi la période 1650-1713 ? Il souligne notamment la dispersion et la diversité des sources, qui expliquent en partie le relatif oubli historiographique dont cet espace a longtemps fait l’objet. L’ouvrage s’achève sur une réflexion approfondie consacrée à la société insulaire et à son rapport au monde maritime. Cherchant à comprendre l’image de la mer dans cette société coloniale - entre représentations, fantasmes et réalités -, l’auteur interroge la place du marin, à la fois pleinement intégré à la société et porteur d’une forme de marginalité.
Le marin est en effet présent à chaque page. L’étude montre avec force que la colonisation de ces territoires n’aurait pu s’accomplir sans une activité maritime intense et structurée. La place des Amérindiens n’est pas éludée : leur savoir, leur connaissance de la mer et des espaces insulaires sont intégrés par les colons, non sans ambiguïtés, puisque cette intégration s’accompagne de leur mise en servitude.
Au fil des douze chapitres, l’auteur aborde des thèmes variés : le rôle des marins dans les conquêtes coloniales à partir de Saint-Christophe ; les routes maritimes dans l’espace des Petites Antilles ; l’aménagement et l’organisation des espaces portuaires ; les caractéristiques des embarcations ; les armateurs, capitaines et modalités de recrutement des équipages ; le rôle des esclaves ; la course et la flibuste, leurs acteurs et leur organisation ; enfin, les pratiques halieutiques, notamment la pêche à la tortue et la figure des « varreurs ».
La quatrième partie, consacrée à la place du marin au sein de la société coloniale, propose une réflexion plus anthropologique et sociale. Elle insiste sur les relations entre espace littoral et société, ainsi que sur la perception du marin par ses contemporains. L’auteur s’interroge sur l’existence d’une identité propre aux marins des îles et, plus largement, sur les liens entre ces derniers et les autres habitants : appartiennent-ils à une même communauté, partagent-ils une culture commune ou demeurent-ils distincts ?
Deux figures emblématiques illustrent cette époque et cette identité en construction : Pierre Belain d’Esnambuc, premier gouverneur de l’île de Saint-Christophe en 1625, cadet déshérité devenu corsaire, et son petit-neveu, Jean Dyel du Parquet, lieutenant-général à Saint-Christophe en 1697, un temps à la tête de milices et de flibustiers.
À travers ces trajectoires, l’ouvrage donne à voir un véritable « album de famille » où se croisent marins, colons et populations indigènes, contribuant peu à peu à forger l’identité de ces territoires.